Clorinde, revenue de ses vapeurs, se levait, faible et pâle, toute prête à défaillir une seconde fois. Sylvius n’y prit garde.

« J’ai tué ! Je suis un misérable ! »

Par les dieux ! cette corde était nouée de manière bien étroite ! Midas en avait préparé une pareillement, à Gordium, pour le glaive d’Alexandre !

Clorinde gémissait sur un mode plaintif, à la façon des petits enfants, et Sylvius se déchirait les ongles.

« Je suis un misérable ! »

Mais, dans le temps que sa conscience le blâmait d’avoir si vivement agi, Persane sentait qu’un certain orgueil montait en lui, un certain orgueil qui déjà grandissait et, bientôt, serait épanoui. — Il venait, sans nul doute, de commettre un homicide que rien n’excusait ; oui, mais tel et tel, et tel autre encore n’avaient-ils point séduit la gloire par de pires méfaits ?

« Laissons César et Napoléon ! Henri VIII n’a-t-il pas exécuté des femmes ? et Lacenaire, dont parle Théophile Gautier ! et Ravaillac, sans compter Caserio ! Louis XI aussi, et Poltrot qu’il ne faut pas oublier ! »

Quelques lumières sur l’histoire sont parfois un baume. — Ah ! ah ! il était donc de la race des hommes au sang riche qui savent vouloir ! Que rêvait-il d’auréoles intellectuelles ? Par un mouvement orgueilleux d’homme fort, il se délivra de ses derniers liens, et, bon prince, alla secourir Clorinde sur le point de choir à nouveau. Elle fut insensible, mollement gémissante et comme étrangère. Il se détourna.

« Soit ! la partie est engagée ! Des crimes seront les diamants de ma couronne ! »

Le cadavre saignait encore. Sylvius s’en fut le tâter, puis il se regarda les mains : elles étaient pourpres. Il les mit derrière son dos et se promena de long en large, devant Clorinde prosternée auprès de son amant et qui semblait se fondre en un sanglot.