— Lui-même !… et comment vous nomme-t-on ?
— Oh ! dit Sylvius tristement, les hommes avaient coutume de m’appeler Sylvius Persane, mais, depuis quelque temps, mon existence est si embarrassée de mythologie que, somme toute, je serais aussi peu surpris de m’appeler autrement que de causer demain avec Hadès ou Perséphone.
— Ils ne hantent pas ces parages, ils sont plus bas, » dit Marsyas en souriant.
On eût dit que ce sourire saignait.
« Venez, maintenant, que je vous présente à notre troupe. Nous avons coutume, au crépuscule, de danser un peu avant le repas. Joignez-vous à nos bonds, car je crois vraiment que vous grelottez. »
Et, reprenant son flambeau, il entraîna Sylvius sur la plage.
« Oserai-je vous demander en quel lieu je me trouve ? dit Sylvius. A l’instant où je vous vis, je m’étonnais de marques de sabots plus grands que les vôtres et ferrés, mais…
— Vous vous trouvez dans l’île d’Ala, interrompit Marsyas, et ces empreintes doivent être celles de quelques centaures encombrants qui habitent la futaie. C’est une gent déplaisante et médiocre. — Ah ! voici mes frères. »
Le sous-bois s’éclairait. On y voyait courir des pénombres mauves et de vives flammes. Tout à coup, d’entre les pins, déboucha une vingtaine de chèvre-pieds qui, tous, portaient de grandes torches éclatantes ou fumeuses. Ils se hâtaient, criaient, gesticulaient, riaient, se bousculant dans leur course et faisant parfois de grands bonds, tandis que la brise du soir tordait au-dessus de leur tête les flammes qu’ils portaient.
Ils accoururent vers Marsyas et s’arrêtèrent soudain en voyant Sylvius. Alors ils turent leurs cris et, parmi eux, il courut des murmures étonnés et des rires.