« Vieillard mélodieux, j’arrose
« Un volatile bocager.
« Mais je préfère ma version primitive. »
Dans la clairière, les faunes mangeaient déjà. Des figues, des bananes, des olives étaient disposées par terre, en pyramides. On avait éteint la plupart des flambeaux. On soupait au clair d’une lune énorme qui se détachait de la mer et dont les rayons filtraient à travers les pins.
Certains chèvre-pieds, ayant fini leur repas, flûtaient nonchalamment, sur un roseau, des chants de fontaines. Près de Sylvius que l’on gavait de fruits, un silène, couché sur le dos, mâchait des narcisses. Au sommet de son ventre en dôme, un moineau picorait je ne sais quoi et sautillait d’aise. Plus loin, une satyresse surannée attirait de ses lèvres le calice humide d’une fleur et, la gorge tendue, pressant de ses deux mains sa sèche poitrine, elle aspirait l’eau légère. A côté d’elle, un satyre à quatre pattes cherchait des puces au corps velu d’une petite amie. Elle riait sous les doigts de son compagnon. Griffé pour trop d’insistance, il s’en alla et Sylvius se glissa à sa place. Il caressa la jeune faunesse consentante, et prit, et reprit d’elle ce qu’elle offrait complaisamment et avait, d’ailleurs, très savoureux. Comme l’ascendance de la lune les avait jetés dans l’ombre, on ne les vit plus, pendant quelque temps.
A cette heure, tout le monde cornu et frisé semblait projeter de dormir. Seul, devant le dernier flambeau que soutenait un capripède minuscule, impudique et de bronze, Marsyas restait debout, appuyé contre un figuier et regardait tristement devant lui. Ainsi posé, il paraissait encore plus horrible et on l’admirait, en vérité, dans tout son écorchement.
Il prit sa flûte qui pendait à une branche et en tira nonchalamment quelques notes… quelques notes à peine… pourtant il semblait déjà à Sylvius que la terre elle-même frissonnait, et assurément, sur ce buisson que la lune argentait, là-bas, dans le bois, quelques fleurs venaient d’éclore. — Mais Marsyas haussa les épaules et laissa tomber sa flûte, puis, brusquement, il pencha la tête et s’endormit, debout.
La lune, réapparue, faisait naître sur tout son corps une pourpre neuve.
Tout le bois sommeillait. On entendait le souffle court des satyreaux que scandaient les ronflements cuivrés des silènes. Une faunesse parla dans son rêve et ses paroles confuses se brouillèrent en un baiser. Un coup de vent éteignit le dernier flambeau. L’ombre fut plus dense.
Sylvius veillait seul.