Le centaure déclamait. A Sylvius ravi il dit les campagnes grecques et la fuite des oréades effrayées, et les travaux sublimes et les rives brillantes. — Il décrivit tout, du cèdre à l’hysope, et vanta la qualité du moindre dieu cantonal. Il parlait d’une voix monotone et scandée de telle façon que son discours, prolixement poétique, semblait tout composé d’hexamètres. En vérité il parla trop, ne s’interrompant que pour cracher, et, à la fin, comme il avait entrepris de décrire la guerre de Troie et n’était encore qu’à la première année du siège, Sylvius donna des signes manifestes d’impatience et d’inattention.
Soudain, le centaure lui toucha l’épaule :
« Je vois avec regret que vous ne m’écoutez pas. Vous êtes discourtois ! »
Et balayant de sa queue le visage de Sylvius, le centaure disparut dans la futaie. — Tristement, le jeune homme s’éloigna en sens contraire.
« Hélas ! disait-il avec tristesse, en quelle profonde erreur ma mère était plongée qu’elle m’ait ainsi laissé naître quelques milliers d’années trop tard ! C’est aux temps héroïques que j’aurais trouvé un emploi et cueilli le laurier, auprès d’Ulysse, ou comme vengeur d’Astyanax ; mais j’eusse dû écouter ce centaure et ne point m’endormir, car son discours était fort beau ! »
C’est alors que Sylvius vit, entre les arbres, briller la mer et qu’il se souvint, à cause d’un concours de peuple et d’un tumulte de cris qu’il percevait au loin, de cette fête patronale dont Marsyas lui avait parlé. C’en était là, sans doute, les prémisses ou l’exorde.
Sylvius sortit du bois.
Tout un spectacle de rayons et de verdures s’étendait devant lui.
« O clarté du jour ! fraîche nature ! paisibles flots ! consolez bien mon cœur troublé ! »