« Il s’en rencontre encore d’assez belles… Sachez bien vivre ! »

Pouvait-il donc choyer ce bel espoir d’être célèbre ? le dorloter, durant les douces heures où l’on médite sur le temps qui accourt et le temps qui passe. Il serait célèbre, un jour ? Mais comment, et quand ? Serait-ce par ses vertus, sa force, ses passions ?… Et il se rappela, présage heureux, une vieille romance qu’on lui chantait jadis :

« A toi les honneurs, la pourpre du trône

« Et le beau laurier…

Comment avait-il pu se laisser impressionner par l’aigreur du vent, un arbre sans feuilles, un soir sans douceur ? Oui, dès le lendemain, il travaillerait à sa gloire, si indécise qu’elle fût encore.

Sylvius alla se coucher.

Dans son large lit, il se retourna quelque temps. Le sommeil ne venait pas. L’heure se dévidait au balancier précis de la pendule. Sylvius s’apaisa peu à peu. Il lui semblait qu’une brise tiède haletait dans la chambre. Un visage se dessinait quelque part : il disparaissait dès qu’on le regardait. Un coche passa sur une route, au galop de quatre bêtes écumantes ; le postillon à chapeau pointu faisait des arabesques avec son fouet. Clameurs… villageois étonnés… grelots qui tintent… Des amants se cachaient derrière les vitres embuées… puis il y eut un grand silence ; sur la pomme de son lit Sylvius vit se poser un bel oiseau.

Et le bel oiseau chanta.

III

Joies dont un homme se grise quand il a vingt ans et que le monde lui paraît peu redoutable ! délices parfaites ! abondantes ! pures ! délices blanches ! Sylvius vous connut, ce matin où février, pour lui plaire, s’était paré de rayons et semblait promettre quelques fleurs.