Dès le réveil, tandis que son valet de chambre lui tendait une tasse de chocolat, dès le réveil, après un court moment d’angoisse, Sylvius avait compris.

Non ! ce n’était point le jeu d’un songe ! Il ne dormait point quand la vieille avait, d’un bond, franchi l’embrasure de la fenêtre avec la roucoulante troupe des amours. Qu’un diable jovial, qu’un archange en goguette l’eût ému par ce mirage sans précédent, était-ce possible ? Non pas ! La main de cette immortelle pauvresse, il l’avait tenue entre ses doigts. Elle était sèche comme une branche morte et frémissante comme une araignée. On ne tient pas ainsi un rêve !

Il congédia son valet de chambre et courut vers le fumoir. Sur la cheminée il vit la jarretière. Sous le divan, l’amour fugitif s’en était fait un collier… sous ce même divan !… sous celui-là ! L’amour s’appelait Julien… mystère de plus que ce nom de roman psychologique dans une aventure d’un tour si précieux.

« Je suis attaqué par un conte de fée, s’écria Sylvius. Dois-je me défendre ? »

Il cueillit la jarretière et la fit tourner à son doigt :

« Voici l’anneau qui me permet les plus folles conjectures ! Dans un autre âge, il eût été d’or et magique. Il convient de ne point m’en défaire ! »

Et il le mit à son genou.

Il tâchait de penser vite et diversement, ne voulant pas s’attarder à des souvenirs qui, tout de même, le faisaient frissonner un peu ; — il tâchait aussi d’excuser en quelque sorte sa vision de la veille.

« Je gage que tout homme a eu son heure de rêve vivant… oui, chacun doit avoir connu quelque déesse ! — Incroyable secret ! âme de la conscience ! C’est l’écho des paroles divines une fois entendues qui fait que l’on achève de souffrir sa vie. Voilà qui expliquerait élégamment la vertu contagieuse des métaphysiques. »

Il sourit à sa pensée, mais l’amenda tout aussitôt.