Encore trois appels de conque, trois frémissements de nacre et la fête commença.
XXV
Et la fête commença… Que dis-je ! elle éclata et se déroula à la façon dont éclate et se déroule un orage en été.
Tout fleurit, tout embaume, tout chante, tout respire ; — c’est le règne de la paix et de l’harmonie. Dans l’ombre bleue une femme dort, un enfant joue dans la prairie, au fond du ciel turlutent des alouettes qu’on ne voit pas…
Un voile gris s’étend, un nuage gronde, un autre, puis un autre encore. L’herbe immobile, l’animal craintif, l’homme inquiet attendent l’effet de ces marques de courroux, et, dans la prairie, l’enfant, s’arrêtant de jouer, va réveiller sa mère, quand, presque imprévue, portant des gouttes de chaude pluie, passe une haleine annonciatrice, puis le vent accourt, chassant la bête, pliant la branche, effarant l’homme. La bise a des coups précipités et forts. Garde-toi bien, nature ! C’est le règne du désordre avec son effrayant appareil de trombes, d’éclairs bleus et de gémissements. Des femmes prient, et les peupliers de la route craignent d’être bientôt découronnés. Il se trouve dans l’air une fureur évidente à laquelle on ne pense point à résister d’abord. Elle ne s’apaise, un fragment de seconde, que pour montrer, sous le flamboiement froid de la foudre, les désastres qu’elle vient de composer, et, tout aussitôt, on voit, on sent, on entend les hordes de l’espace reprendre, sous le céleste incendie, leur galop de conquérants ivres. Mais, s’il est vrai que l’homme, au spectacle de cet assaut, a touché la peur et senti le tremblement, le voici qui se relève… Le vent ne le renverse plus, il le pénètre, la dure averse lui paraît une rosée et le hurlement que répercutent les nuages trouve en lui un second écho…
Humble, prosterné, te voilà glorieux ! Tu te dresses dans le tourbillon, ta gorge mêle ses cris aux sifflements de l’air, ta clameur s’élance, poursuivant l’avalanche. La tempête t’a conquis, mais elle t’élève vers l’extase, elle te possède tout entier, et si ta condition humaine est d’être un poète, tu la prends à ton tour, elle, avec la nature qu’elle fouettait de ses bises, tu l’étreins, elle est à toi, tu la façonnes à la figure de tes rêves qui, l’orage calmé, ne cessent de tourbillonner et de rugir.
Toutefois, il est des hommes qui ne voient dans cette colère que les arbres abattus, que les blés renversés, et qui, debout au bord de leur champ, comptent, l’âme désolée, les épis encore droits qu’en son festin dédaigna la tempête. Mais toi, poète, tu souris, triomphant.
La tempête !…
Glorificaberis ab ea, cum eam fueris amplexatus. — Elle te remplira de gloire quand tu l’auras embrassée, ainsi qu’il est dit au livre des Proverbes.