Le centaure encensait dans un rayon de la lune, sa chevelure était azurée ou mauve à chacun de ses mouvements, et sa croupe, sur laquelle il s’appuyait la main, était toute vêtue d’une teinte orangée. Non loin de là, Sylvius pouvait voir deux faunes qui tâchaient de désunir leurs cornes enchevêtrées, tandis que, dans les flots de cendre bleue coupés d’une route éblouissante, les tritons levaient leurs conques sonores et que, sur l’herbe, les panisques dansaient toujours.


Un murmure passa sur cette foule. La bacchanale allait reprendre. Le silène à la hanche chauve s’approcha de Sylvius.

« Nous allons chanter Iacchos et le renouveau. Sans doute vous demandera-t-on de chanter aussi… Vous abstenir serait de mauvais goût. »

Des centaures s’étaient jetés dans la mer du haut de la falaise et remontaient, tout ruisselants, par un sentier en zig-zag.

« Mais je ne sais pas chanter ! Je n’ai jamais chanté !

— Allons donc ! dit le silène avec une petite moue de mépris. Chantez n’importe quoi ! »

Un satyreau, les bras le long du corps, paumes basses et doigts levés, se tenait face à la mer, debout sur un sabot, et d’un geste de l’autre indiquait le scintillement des flots. Derrière lui, trois centaures à barbe longue et portant des fleurs dans les cheveux contemplaient aussi, du bord de la falaise, la féerie marine. Celui du milieu avait posé ses bras sur l’épaule de ses compagnons qui les enlaçaient des leurs et, de droite et de gauche, s’appuyaient sur deux grands bâtons. Et ces trois statues unies murmuraient un hymne solennel.

« N’importe quoi, répéta le silène, mais décidez-vous vite ! »

D’autres centaures hurlaient en faisant de grands bonds par dessus des troncs d’arbre placés en obstacle. Des panthères s’accrochaient à leur dos.