« … Les bacchantes viendront bientôt. Ah ! Tenez ! déjà les lémures et les harpies se sont abattues. »

Et Sylvius vit en effet, à l’endroit où le festin avait eu lieu, des formes tragiques à visage de femme et d’autres presque transparentes, vautrées sur les reliefs de victuailles et les souillant de leurs morsures.

« Au moins, donnez-moi un sujet ! dit Sylvius au désespoir.

— Chantez la gloire des dieux Olympiens ! non ! chantez l’arrivée à cette île du navire Argo !… La nef fendait l’écume, ses belles voiles gonflées ; il était nuit comme à cette heure ; Phœbé assymétrique et rose nous regardait d’un œil malicieux ; Leucosie, une sirène, maintenant vieille et déconsidérée, chantait clair, perchée sur la pomme du mât. Des nymphes agitaient de belles algues et Marsyas commandait la manœuvre, tandis que nos centaures traînaient Argo jusqu’à la grève… Avec ce canevas, vous nous direz quelque chose de très bien… Brodez ! mon cher, brodez ! »

Tout près de la forge, un centaure venait de se casser les reins par un saut maladroit. Une harpie et deux panthères lui déchiquetaient la face à coups de dents et le centaure agonisait, sans qu’on y prît garde, avec de grands hoquets lugubres.

« Mais je ne saurai pas ! je ne saurai pas ! »

Tout à coup, ô l’admirable clameur ! un unisson de voix sonores s’éleva et vingt femmes sortirent de l’ombre des arbres, c’était les bacchantes. Elles frappaient leurs cymbales, elles agitaient des thyrses, elles étaient belles et nues, grandes, fortes et leurs seins ressemblaient à des boucliers.

Elles chantaient et coururent vers Sylvius.

« Chantez tous ! chantez tous ! le dieu va s’avancer ! et toi, chante, étranger, un chant nouveau ! »

Elles levaient leurs mains armées du cuivre des cymbales ou de la pique des thyrses, et, comme des guerrières, menaçaient Sylvius.