Sur la première mélodie de valse qui lui vint à l’esprit, le jeune homme, plein d’épouvante, chanta :
« Alors la nef Argo, la nef Argo, la belle nef Argo, la nef… »
Un terrible éclat de rire répondit à cette improvisation… et Sylvius s’enfuit à toutes jambes. Il courait dans les bois comme une bête traquée et les bacchantes le poursuivirent. L’air fut plein du bruit d’un furieux galop. Toutefois, Sylvius courait vite. Il courut longtemps ; déjà les cris des femmes délirantes s’affaiblissaient au loin. Il était seul. Il se crut sauvé.
Dans une clairière, Sylvius fit halte pour reprendre haleine. Des souffles tièdes vinrent frôler ses joues. Se sentant mieux, il allait repartir d’un train plus paisible quand il entendit une voix : on eût dit une voix de l’air, si peu pouvait-on comprendre d’où cette voix était issue et quelle bouche l’avait diffusée.
Il prêta l’oreille.
« Passant ! disait la voix, arrête-toi, passant ! Dans cette forêt tu ne découvriras point de princesse endormie. La dernière a trouvé son Prince Charmant depuis plus d’un siècle. Pourquoi donc courais-tu si vite et que viens-tu chercher en ces lieux ?
— O Voix ! s’écria Sylvius, je cherche une enfant blonde, un sage vieillard, un homme enfin, un homme, pourvu qu’il soit mortel. Je suis poursuivi par des demi-dieux trop vivants et qui m’épouvantent. Enseigne-moi par pitié où voir un être de ma race dans lequel je puisse me reconnaître.
— Tu n’en verras point ! sinon le semblant de toi-même, au miroir en dôme des sources.
— Un homme ! de grâce ! un homme !