« Brûlez bien ! brûlez bien ! » dit-il.
Sylvius retourna sur la plage :
« Me voilà !
— Enfantillage ! puérilité ! dit le dauphin. Pourquoi donc en vouloir à ces pauvres gens ? Pourquoi donner un coup de pied dans un beau vase à la panse bien ornée, parce qu’on ne saurait être peintre ni potier si habile ? La sirène m’agaçait un peu… mais les autres ! Votre acte est petit, bon jeune homme, je vous préfère Erostrate, et l’on sentait mieux le crépuscule de l’Olympe quand, sur la Méditerranée, une mystérieuse voix nous annonça la mort du grand Pan ! Monsieur, je vous estime peu ! pourtant j’ai promis de vous transporter et le ferai sans acrimonie et sans apparente répugnance. Allons ! petit incendiaire, enfourchez-moi ! »
Sylvius enfourcha la bête huileuse, qui, tout incontinent, bondit et moutonna sur la mer. Tournant la tête, Sylvius pouvait voir, dans le sillage, des perles d’écume s’abîmer parmi des topazes claires, et, dans le creux des vagues que le dauphin sautait d’un bond, des saphirs se muer en émeraudes. Le soleil brûlait à belles flammes, mais Sylvius n’osait plus se retourner, car il savait bien que là-bas, derrière lui, d’autres flammes brûlaient par sa faute et que le vent était chargé de cendres.
Maintenant c’était la seule Méditerranée striée d’une houle légère où le dauphin traçait un chemin sûr et droit. De temps à autre, des méduses et des algues passaient, entraînées, semblait-il, en un cours inverse. Quelques nuages se désunissaient dans l’azur. Sur les écailles du dauphin, l’arc-en-ciel lui-même se courbait.
Sylvius ne s’étonnait pas outre mesure de sa position présente, il avait seulement soin de ne pas glisser. De temps en temps, il se baissait pour prendre un peu de l’onde, qui écumait contre ses jambes, et en mouillait son front. Plus tard même, ayant vu une algue verte et plate qui tremblait sur l’eau, il pria le dauphin d’obliquer, la cueillit et s’en coiffa. Puis, abrité de l’ardeur du soleil, il contempla plus paisiblement l’étendue méditerranéenne et tâchait de la qualifier d’épithètes nouvelles à tournure homérique.
Longtemps, la mer fut déserte. Une voile parut enfin. Elle s’approcha. Elle était de soie rouge et l’antenne portait des festons d’or. La barque passa près du gros poisson. Il s’y trouvait trois personnes que Sylvius reconnut. C’était Arlequin, Colombine et Pierrot, en accoutrement traditionnel. Ils ne dirent pas une parole. Colombine regardait Pierrot avec humeur, Arlequin tendait un billet à l’infidèle, secrètement, et déjà, d’un regard, Pierrot demandait grâce.
La barque s’éloigna.
« Que font-ils ? demanda Sylvius. Où vont-ils ?