« Ah ! qu’il fait doux ! »
Et Sylvius poursuivit sa marche dans le sentier d’ombre et d’argent. — Il atteignit bientôt une éclaircie où le sentier s’arrêtait et que fermait un mur de roche en demi-cercle. Une fontaine se déversait là, dans une vasque ornée de lierre, et chantait à voix basse. Assise sur le bord, les cheveux dénoués, une femme en robe violette semblait regarder dans l’eau son image avec celle des cieux. Elle était appuyée sur une main ; de l’autre, elle lissait sa sombre chevelure. On eût dit la naïade du lieu. Elle tourna la tête, un instant, à l’arrivée de Sylvius.
C’était Clorinde.
« Tiens ! dit-elle d’un air tranquille, en relevant ses cheveux dont les pointes étaient mouillées, je vous croyais mort ? Un navire vous a donc rapatrié ?
— Vous ! c’est vous ! cruelle ! et vous gardez cette terrible placidité devant votre victime ! »
Elle poursuivit, en accents tout à fait reposés :
« Pourquoi voulez-vous que je m’excite ? Vous n’aviez qu’à ne pas tuer Lautonne ! Ne me faites pas porter la peine de vos erreurs ! Quelle nuit exquise, mon cher Persane, et quelle douceur dans l’air !
— Clorinde ! Clorinde ! ne vous moquez pas !
— Oh ! vous finissez par être agaçant ! Au lieu de me remercier, quand je vous accorde un moment d’attention, vous le prenez déjà sur un mode lyrique et larmoyant qui me déplaît fort ! »
Elle regardait toujours dans l’eau, teinte de ciel bleu, ses yeux, obscurcis par l’ombre.