« Clorinde ! écoutez-moi ! je suis calme ! mais, à l’instant où je croyais mon périple de merveilles achevé, le voici qui recommence ! Souffrez que j’en aie un peu d’émotion ! Que faites-vous ici ? dites-le moi ! Regardez-moi, pour Dieu ! ne regardez plus cette eau de fontaine ! Voyons ! je ne suis pas une chose ! Je suis quelqu’un, et je vous aime ! Regardez-moi ! »

Elle ne changea point d’attitude et parut toujours s’entretenir avec son image reflétée.

« Je n’ai jamais dit que vous ne fussiez pas un très charmant garçon, mon cher Persane, mais, vraiment, interrompez ces éclats de voix qui ne conviennent ni à l’heure, ni au paysage, et croyez bien que votre amour m’est complètement indifférent ! C’est vous dire combien j’aurais peu de plaisir à vous considérer… Ce que je fais ici ? Je m’étonne de ma beauté ! — Récemment, je servais de muse à un pêcheur de la côte. Je lui donnai la barque de Lautonne. Je lui fis connaître, la semaine dernière, tandis que nous attendions la brise au large, l’innombrable splendeur des étoiles qu’il n’avait jamais regardées. Je le quittai hier, à cause de ses mains sales et de son parler grossier. Pour aujourd’hui, je vous l’ai dit, je considère mon image et demain, sans doute, je rentrerai à Paris.

— Non ! Clorinde ! non ! demain et toujours, tu vivras auprès de moi et, ce soir, tu seras ma maîtresse. »

Vivement, elle se retourna et l’interrompant avec un petit rire :

« Y pensez-vous, mon ami ! Vous perdez le sens ! »

Elle prit un peu d’eau dans le creux de sa main et la jeta à la figure de Sylvius.

Il ne bougea pas, regardant la femme qui le narguait ainsi.

Beau paysage : — le mur de rocher blanchâtre où montait le lierre presque noir… le bleu de la vasque… la lisière odorante du bois… le sol vaguement éclairé… elle, enfin, avec sa robe violette, ses cheveux dénoués, assise, écoutant le chant de la fontaine et remuant ses pieds fins que chaussaient des sandales…

Il y eut une longue minute de silence…