« Maintenant, il faudrait s’entendre ! Otez de votre esprit que, pour m’avoir chassée dans la colline, vous êtes le grand Pan poursuivant Syrinx, et certes, sur ma bouche votre air de flûte fut assez grêle et piteux ! Je veux bien me prêter quelque temps à vos fantaisies, puisque je m’y suis engagée, mais encore faut-il que j’en sache les limites et surtout l’exacte durée. Parlez, je vous écoute.

— Ne me raille pas, Clorinde, dit Sylvius d’une petite voix d’enfant, plains-moi plutôt. Cent fois, j’ai cru atteindre la gloire, mais elle me gagne de vitesse. J’ai vu de singulières choses et l’on dirait que je n’en tire aucun profit. Ce contentement triomphal dont on parle dans les livres, jamais je ne l’ai ressenti, jamais un laurier n’a touché mon front, mais aujourd’hui, je crois en lire la promesse dans tes yeux. Clorinde ! fais que tes yeux ne soient point menteurs ! »

Clorinde songea quelques instants.

« Qui donc vous a donné cette folie ?

— L’exemple de Lautonne et la vague promesse qu’une vieille me fit naguère :

« Vous avez le regard d’un poète, » disait-elle.

Au nom de Lautonne, Clorinde avait frissonné. Sylvius dit encore :

« Lautonne n’avait reçu en naissant que des disgrâces et, toutefois, on voyait souvent briller dans son regard cette forte assurance devant laquelle tout cède et plie. D’ailleurs, il t’avait, toi, étrange, changeante et que j’ai connue sous des formes si diverses que je ne sais plus où se cache ta réelle nature. Vis à mes côtés, Clorinde ! ne me quitte pas ! Peut-être arriveras-tu à m’aimer et c’est toi qui m’inspireras ! »

Sylvius se tut. Soudain il reprit en hautes et vives paroles :

« Je me suis voué à l’amour du laurier ! Ah ! je donnerais tout ce qui me reste de vie pour connaître à tes côtés un jour de gloire, un seul jour de cette gloire qui m’est peut-être destinée ! »