Clorinde traversa la chambre, ouvrit la porte, les deux fenêtres. — L’aurore d’été entra.
« Habille-toi ! » dit-elle à Sylvius.
En hâte elle se vêtit, posa deux chaises dans le petit jardin au seuil de la maison et, quand Sylvius fut prêt :
« Asseyons-nous, » dit-elle.
Il n’y avait pour tout spectacle que l’aurore d’été, perçant de ses rayons une large brume étendue. Depuis longtemps, les dernières étoiles s’étaient évanouies dans le ciel bleu clair. Déjà, les bois balbutiaient vaguement leurs chants d’oiseaux, mais le monde attendait pour se réjouir que son astre eût paru tout entier… Le vent agitait la couche de brume sur les flots…
Enfin, la Méditerranée découvrit sa chair bleue et doubla l’image du soleil.
Tandis que le jour naissait ainsi, devant ses yeux, il parut à Sylvius que ses sens s’affinaient de façon merveilleuse. Pour la première fois, il écoutait la musique des choses. Insensiblement, il en comprenait mieux l’harmonie, et ce fut un innombrable orchestre ; mais, en même temps que ses accords le pénétraient, Sylvius se sentait déchiré par eux. Le cantique du soleil levant l’assourdissait ainsi que d’un cri forcené, dont la coupe du ciel était toute résonnante, et, des collines d’alentour, montaient d’autres cris, clameurs d’allégresse qui s’épanouissaient dans l’air, comme si des géants cachés eussent salué la naissance du jour !
Sylvius se pressait les tempes, de peur que son front n’éclatât. — Il lui semblait que le monde entier n’était qu’une même voix heureuse, et, dans cette voix, il entendait tout !
Il entendit sur la colline les pins bruire, les ruisseaux lointains murmurer, les pierres grincer sous leur manteau de mousses, — dans son jardin, il entendit les insectes escaladant les brins d’herbe, le soupir des fleurs encore assoupies, le frémissement triomphal du petit laurier qui secouait ses gouttes de rosée, — il entendit la causerie des vagues qui se confiaient des secrets délicats, les doux accents du flot que le sable aspire, les rires du flot se mêlant à un autre flot, le sanglot du flot qui se brise aux rochers, la respiration des barques sur la mer et l’éternel murmure méditerranéen au creux de toutes les coquilles de la grève.