Ce n’était pas, comme lorsqu’il galopait avec Lautonne et Pégase, un spectacle nouveau charmant sa curiosité. Non ! Il sentait tout cela correspondre en lui, battre dans ses artères, faire vibrer ses nerfs… Tant d’arbres lui parlaient, tant d’oiseaux l’appelaient !…
Et la chanson perpétuelle du vent !
Et les hymnes des pierres !
Son cœur était à l’unisson de leur cœur, ses oreilles bourdonnaient, ses yeux se fermaient, éblouis de visions subites, et tous les parfums enchantaient à la fois ses narines. Il n’avait jamais souffert davantage : c’était le gril et la roue et les tenailles et les brodequins. Un hurlement plaintif se formait dans sa voix.
Comme il étouffait aussi, Persane leva la tête pour chercher de l’air, mais, dans le ciel, il entendit, il vit, il respira les nuages qui se fondaient l’un dans l’autre et dansaient des danses, très lentes, molles, ouatées et floconneuses. Traversant leurs rondes, une Vierge passait, les lèvres arquées d’un sourire. Elle portait entre ses doigts un arum frais éclos, l’encens des églises s’exhalait de sa chevelure avec l’encens des roses et de cette chevelure des étoiles glissaient qui, dans le ciel, poursuivaient leur course vive. Comme le chant d’un violon solitaire, une plainte humaine s’élevait parfois de la ville que cachait un pli du bois de pins, et la nature répondait par des plaintes complémentaires, murmurées en sourdine, fraternellement, tandis qu’à l’horizon bondissaient toujours les clameurs surhumaines de l’aurore.
Une flamme brûlait dans la poitrine de Sylvius. Il agonisait, se débattait, crut mourir. La flamme montait à ses lèvres en le consumant tout entier. Il se jeta vers Clorinde, et la baisa à la bouche, pensant s’y rafraîchir, mais la bouche de Clorinde était plus brûlante que la sienne et rouge comme une braise neuve.
Alors il cria des mots vagues et rauques, où il suppliait qu’on le délivrât de ses tourments, qu’on le retirât de cette forge, et finit par se blottir comme un enfant entre le bras de Clorinde.
Elle lui prit les mains. Une fraîche rosée le baigna. La torture avait cessé… Il regarda autour de lui… C’était le soleil et la mer… le paysage familier… Il n’y avait rien de plus que les autres jours, sinon Clorinde à ses côtés.
« Mon pauvre garçon ! dit-elle en riant, je ne voudrais pas t’offenser, mais tu supportes bien mal les émotions qui, pour Lautonne, étaient de pain quotidien. A coup sûr, c’est se fourvoyer que chercher ta gloire ainsi ; ta santé n’y résisterait pas ! Il faudra baisser de plusieurs tons ! Ah ! mon Dieu ! quels soupirs ! quelles plaintes ! et quand naissait en toi ton premier poème, de quels gestes terrifiés tu te pressais la poitrine ! On eût dit que le feu du ciel la dévorait. »
Sylvius pâlit :