« Où va-t-il ? dites-moi, où va-t-il ? »

Mais les flots qui jasaient se turent et la brise suspendit sa voix.

Sylvius regagna le seuil de sa maison et considéra le ciel et la nuée, attentivement.

Il lui semblait maintenant que le nuage se mouvait comme un être animé. Quelque chose d’étincelant se percevait à son sommet. — Le nuage touchait presque l’horizon. — Sa forme devenait à chaque instant plus précise, — et soudain, oui, ce n’était pas le jeu d’une illusion, oui, soudain, le nuage s’avança sur les eaux, et c’était un gigantesque éléphant que la lune révélait, prodigieuse bête noire qui s’avançait sur la mer à pas pesants, et, sur son cou, entre les deux oreilles qui se balançaient comme d’énormes feuilles, un être admirable était monté, — un ange, un ange dont les ailes d’un bleu d’abîme étaient déployées, toutes grandes, — immenses, et l’ange était vêtu d’une luisante armure, comme un chevalier, et sur l’armure, la lune avait posé ses baisers blancs.

L’ange secouait dans le vent de la nuit sa tête nue aux boucles blondes, et, de temps en temps, il battait de ses grandes ailes et, sous le souffle, la nature entière murmurait de terreur.

Il s’avançait, indifférent. Sylvius vit qu’il tenait dans ses mains un calice de cristal plein d’une liqueur violette…

Sylvius ne pouvait détacher ses yeux de l’apparition. Il ne pensait plus à Clorinde. Il n’osait point bouger.

L’éléphant et son étincelant cavalier étaient à quelques brasses du rivage.

Maintenant, ils l’avaient atteint.

Alors l’ange tendit le calice de cristal à l’éléphant qui renversait sa trompe. La bête l’encercla et le tint haussé devant son front. L’ange enleva le gantelet de fer de sa main droite, et, recueillant dans ses ailes toute la brise, il quitta sa monture, et, avec la légèreté d’un songe, se posa devant Sylvius.