« Les hommes sont si bavards et prennent si souvent Dieu à témoin que Dieu ne les écoute plus. Etourdi par le tumulte qui monte de la terre, il se détourne d’elle, mais il advient que, par bonté d’âme, il recueille une prière de mortel et l’exauce. Parfois, c’est la prière d’un charretier qui a soif, et, tout aussitôt, il trouve à ses pieds une pièce d’argent et sur sa route un cabaret, et parfois ce sont les rêves d’un grand ambitieux, et le monde en est bouleversé.
« Cette fois, ce fut ton serment, Sylvius.
« Avant-hier soir tu as dit :
« Je donnerais tout ce qui me reste à vivre pour un jour de gloire. »
« Ce jour de gloire, voici que tu l’achèves, et qu’il faut mourir. »
Sylvius avait le sang aux yeux.
« Quel jour de gloire ? J’ai voué ma vie à la conquête du laurier, mais quel laurier ai-je cueilli ? »
Il hurlait et tendait les bras comme un insensé.
« Quel laurier ?… » demanda l’ange…
Il glissa vers le bosquet de lauriers qui poussait au coin du jardin, en détacha un rameau, le courba en cercle, le noua d’un fil d’or né sous ses doigts et le posa sur le front de Sylvius.