Sylvius pressait l’une contre l’autre ses mains glacées :
« Je n’aurai donc plus rien de la vie ? »
Il se prosterna aux pieds de l’ange en armure et le supplia d’une voix où passaient déjà les accents pathétiques de l’agonie :
« Encore une volupté ! Rien qu’une !
— Tous les mortels me demandent la même chose », dit l’ange, en haussant ses épaules d’acier.
Il fit quelques pas et prit le calice que l’éléphant haussait dans l’étreinte de sa trompe. Il revint vers Sylvius.
« Tiens ! dit-il, en tendant le calice à Sylvius, et savoure bien le dernier vin que tu boiras ! »
Sylvius, en un effort qui fut sans doute le plus beau de sa vie, rassembla son âme éparpillée de frayeur, se recueillit, et but, soudain, jusqu’à la dernière goutte.
Alors l’ange lui prit le calice des mains et le jeta sur les rochers où il s’émietta en vocalises.
« C’est tout ? C’est bien tout ? » murmura Sylvius.