Le Panthéon était vide, ou quasi… Trois visiteurs considéraient vaguement les peintures, une jeune femme murmurait à un jeune homme des paroles subites, un vieillard semblait attendre quelque chose… c’était tout. Et Sylvius marchait de long en large, assailli par des espérances de gloire et des souvenirs de religion. — Soudain, il se retourna, touché à l’épaule…

Il ne fut pas étonné. C’était tout naturel… Il y avait derrière lui, une petite femme, mince comme un fuseau, dont les cheveux jaunes, nattés et pressés contre la tête, semblaient la coiffer d’une corbeille précise. Sauf cette vannerie elle était toute nue, et sa chair mate semblait la chair d’un fruit. A ses côtés, un lièvre se blottissait qui portait entre les dents un long brin d’avoine.


Que l’on puisse croiser dans le Panthéon l’ombre errante d’un homme illustre, je l’accorde sans peine, mais il est, avouez-le, tout à fait surprenant d’y faire la rencontre d’une adolescente nue.

Au printemps, et sous un abricotier, Sylvius se fût tout aussitôt livré sur elle à des tentatives déshonnêtes, mais, entre deux colonnes de monument public et avec le sourire naïf qu’elle portait aux lèvres, il n’y pouvait songer.

« Pardon ! dit-elle avec un léger accent oriental, suis-je la première ? »

Sylvius esquissa un salut :

« Qui attendez-vous donc, mademoiselle ?

— Quoi ? vous n’êtes point des nôtres ! Excusez-moi. Sachez au moins que je suis : Madame… oh ! depuis si longtemps ! Et qui êtes-vous, monsieur, vous qui parlez à la Sibylle d’Ancyre ?

— Je suis simplement Sylvius Persane. »