Elle rougit, non des joues mais des hanches, et, toute confuse :

« Pardonnez à mon ignorance, je ne vous connaissais pas. Il y a vraiment trop de gens sur terre. Podas Okus et moi, (Podas Okus est mon lièvre), nous sortons peu. »

Elle s’assit sur une chaise, et, tournant vers Sylvius sa bouche et son sourire :

« Puis-je attendre ici ? L’air de la rue est froid. »

Le lièvre s’en fut gambader, et la tige d’avoine verte et fine qu’il portait aux dents se pliait contre l’air. Sylvius s’assit tout près de la Sibylle, et, lui posant la main sur le genou, dit d’une voix gourmande et qui tremblait un peu :

« Vous êtes donc la Sibylle d’Ancyre !… Oh ! que je vous aime mieux ainsi que telle que j’imaginais votre sœur de Cumes, à travers les traductions juxtalinéaires, vieille, hargneuse, toujours à prophétiser derrière un trépied.

— Mais je suis très vieille ! » dit-elle en laissant se gonfler la bulle de son rire.

Elle se leva, pirouetta sur une pointe ; le lièvre accouru suivit la pirouette… puis elle tendit en l’air une jambe… une jambe inoubliable !… quelle jambe !

« … Et j’ai tant vu de choses !… »

Elle suça son doigt, et, soudain, devenue grave, dit lentement :