« Déesse de la Longévité, dit Merlin à la japonaise, je crois que le moment est venu. »

Tous quatre marchèrent vers le fond en causant et sans plus prêter d’attention à Sylvius. Merlin agitait sa robe d’églantines et claquait à chaque pas une note avec ses escarpins. La Sibylle était suivie de son lièvre, l’homme bleu que l’on appelait le dieu du Vent glissait comme une brise, et la petite japonaise tournait le manche de son parasol. Elle s’arrêta un instant devant un pilier, sortit un crayon de sa poche, et, vite, dessina sur la pierre un petit étang rond, un volcan, un brin de bambou, un nuage en spirale, puis elle reprit sa place auprès des autres.

Sylvius les suivait, quelque peu surpris, mais point épouvanté. Le commerce des dieux, tel qu’un vin fort, lui faisait une âme légère et cordiale.

L’homme bleu alla chercher des sièges et, aussitôt, sans préambule, Merlin l’Enchanteur parla :

« De divers côtés on se plaint d’une grande misère poétique. On ne chante plus, paraît-il. Paris est affamé de rhythmes… »

Sa voix fine semblait être une voix de cascade.

« … Il nous faut donc créer un poète. Je vous ai réunis pour le doter de vertus… »

Les trois dieux exprimèrent leur mécontentement par des grimaces et des moues.

Merlin poursuivit son discours :

« … Ne prenons pas, si vous m’en croyez, un nouveau né, mais quelque rimeur déjà connu. Il suffira de lui donner un peu de génie. Nous évitons ainsi les dangers de l’enfance : maladies, parents inhumains, accidents divers. J’ai réuni, sous un prétexte de cénacle, tous les poètes qui ont publié un livre, cette année. Si l’un de vous veut se charger de le choisir ?… L’assemblée a lieu dans la Taverne, tout à côté. Allez-y, dieu du Vent, je vous sais rapide et perspicace. Vous aurez bientôt fini, n’est-ce pas ! »