Le dieu du Vent pinça les lèvres, salua et sortit.

Un poète allait donc paraître ! Un poète sur le front duquel le laurier double serait posé !

Sylvius gémit en songeant à cela. Il devait donc assister au couronnement d’un inconnu le jour même où lui, Sylvius, briguait la couronne !

« Oh ! ne te lamente pas ! »

Une flûte amoureuse avait passé dans l’air.

« Ne te lamente pas ! Ecoute ! »

C’était la Sibylle d’Ancyre qui se dressait sur la pointe de ses pieds et penchait son buste vers Sylvius.

Elle s’assit à califourchon sur une chaise…

« Voyez vous, madame d’Ancyre, murmura le jeune homme sans se douter du ridicule de ce début, je suis bien malheureux de n’avoir pas été choisi. J’aimerais tant être un grand homme ! Qui choisira-t-on ? Je le déteste déjà !

— Je ne sais trop, dit-elle, en arrangeant le lacis blond de sa chevelure, mais tu peux faire de grandes choses par toi même… Prends mon exemple. Je ne suis qu’une petite Sibylle et n’ai d’autre vertu que d’aimer les jolis hommes… pourtant, je suis célèbre, oh ! tout à fait !… Tu veux mon secret ? Donne-moi ta bouche ! »