« Enfin, parfois, quand la foule vient assiéger ma demeure, se plaignant du vent ou de l’ardeur apollinienne, je choisis un bûcheron, le plus robuste de la troupe, et, lui mettant aux mains une hache divinatoire, je l’enjoins de la lancer contre le chêne qui couvre ma maison… L’homme est là, suant au grand soleil, le torse nu, il lève la hache et la jette. Elle s’enfonce jusqu’au cœur… Son bois vibre… Ah ! qu’il est doux de guetter l’avenir dans ces vibrations… La foule s’en va, lentement, mais je garde le bûcheron, et, jusqu’au matin, je ris près de ses lèvres.

« Vois-tu, Sylvius, j’ai tant regardé les hommes naître, aimer et mourir que je comprends sans peine les songes des divinités. »

Sylvius écoutait, la tête basse. Quand la Sibylle eut achevé, il leva son regard.

Merlin l’Enchanteur était tout près de lui donnant la main à la petite japonaise qui faisait toujours virer son parasol.

Au moment où elle allait parler, Merlin dit :

« Non ! laissez-moi le consoler d’abord ! Je comprends votre chagrin ! écoutez-moi, Sylvius, je suis très vieux, je connais la vie. Vous voulez arriver à de hautes destinées ? Ayez le sens du mystère !

— Il se trompe, interrompit la petite japonaise ! C’est de patience que vous avez besoin ! »

Et, ce disant, elle secoua l’édifice de sa chevelure d’où s’échappa un papillon.

« Quand le monde eut cessé de flotter dans l’éther comme une tache d’huile, je me suis assise au fond d’un temple en porcelaine…

— … Tout cela c’est de la cosmogonie, dit Merlin brusquement. Appréciez bien le mystère qu’éveille l’image d’une colombe perdue, battant des ailes dans une forêt, au crépuscule… »