« Non ! voyez-vous, reprit le dieu du Vent en lissant son duvet, cela me dégoûte d’être dérangé avec Merlin et ces dames pour fortifier un ennemi ! C’est nous qui dotons l’homme de génie, il s’en sert pour démolir nos temples ! Vous verrez ! nous finirons par coucher sous les ponts ! Ah ! bonsoir ! »
Le dieu du Vent partit. Un peu de poussière tourbillonna dans son sillage.
« Il dit vrai ! murmura la Sibylle. Nous vous aimons bien, vous qui ne pensez pas à créer ! Vous ne nous faites point de mal, au lieu que les grands hommes ! Vous… Toi… tu as les yeux clairs, l’oreille fine, le nez délicat, tu entends, tu goûtes, tu vois… Serais-tu capable de meurtrir une déesse ? Non ! n’est-ce pas ! »
Elle sourit avec des lèvres molles, rêva un peu, puis, prenant Sylvius par le cou :
« Partirai-je sans emporter rien de toi ? Une mèche de cheveux !… pour ma collection !
— Je ferai mieux, dit Sylvius en tâchant de poser ses lèvres sur la coiffure en corbeille de la Sibylle. Je te donnerai une jarretière. »
Et il prit à son genou le ruban dont le petit amour s’était fait un collier.
La Sibylle doubla la jarretière à sa cheville, leva la jambe pour voir l’effet de la soie saumon contre une chair brune, saisit la main de Sylvius, la pressa entre ses petits seins et, brusquement, s’enfuit en criant :
« Adieu ! Tu es joli ! tu es joli ! Je t’aime bien ! »
Une jambe… la jarretière… un pied nu… puis plus rien ! Sylvius se trouva seul. L’Enchanteur et la japonaise avaient disparu… Il ne restait plus personne.