Il marchait dans l’église d’un pas égal, les bras croisés sur sa robe, et chantait à voix très basse. On eût dit d’une barcarolle d’Orient. Et cette voix disposait aux rêves plus que celle d’un rossignol dans les ramures mouillées. Il y était question de rouges roses, de palmiers près d’une source et d’un sommeil orné de songes.
Mais Sylvius écoutait à peine les paroles que prononçait le Christ. L’intérêt était ailleurs, au fond, dans le tréfonds, dans l’essence même de sa voix. Il y avait là quelque chose de prodigieux et qui, tant le prodige était noble, rendait cet homme tranquille et simple aussi divin qu’au jour où il ouvrait au monde ses bras crucifiés.
… Sylvius avait compris… oui… c’était bien cela… dans un recoin de cette voix douce, de ce timbre pur… à chaque parole, à chaque voyelle… une cloche tintait !… une cloche !… entendez-vous !… très lointaine, et qui sonnait assurément dans le désert… et ce son, presque insensible mais constamment répété, c’était toute la Galilée, c’était la Sainte Famille en fuite vers les pharaons, c’étaient les discussions dans le temple, Lazare ressuscité, la piscine probatique, tout enfin, jusqu’à la sinistre colline, jusqu’à la croix accostée de larrons, et le breuvage amer, et le troisième jour resplendissant !
Et la cloche sonnait toujours au fond de cette voix, tantôt comme un chant de gloire, tantôt comme un pleur d’enfant, et le rire de Marthe s’y mêlait aux soupirs de Marie… Sylvius devina un instant où il pourrait cueillir le vert laurier… Très loin… le désert… l’étoile au ciel… trois rois couverts de pierreries… et la cloche tintait, aérienne…
Dans l’esprit de Sylvius montait une prière.
Le Christ la devança et, regardant le jeune homme dans les yeux, il dit :
« L’Esprit souffle où il veut et tu entends bien sa voix, mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. »
Sylvius eut un cri d’angoisse, il se jeta aux pieds du Christ et, vraiment, il mit toute sa petite âme dans cette supplication :
« Moi ! Oh ! prends-moi ! Je suis de bonne volonté !… Si tu veux que je vive, couronne-moi ! Je sais ! Je sais ! J’entends au fond de ta voix la cloche qui tinte ! Je comprendrai tout ! Couronne-moi ! Je veux être grand ! Couronne-moi ! J’embrasse tes genoux ! »
Alors le Christ qui écoutait, très attentif, un bon sourire aux lèvres, malgré le tumulte de cette prière, décroisa ses bras, et il arriva ceci :