Le cœur de Sylvius tremblait comme une colombe ! La marchande d’amours avait donc des frères ? Il existait, sans compter les dieux des légendes, certains êtres surhumains qui recueillaient les paroles inutiles, jaillies des lèvres de chaque mortel ? Sylvius pensa qu’il n’oserait plus parler, ni agir, ni même rêver car il se pouvait qu’il y eût un diablotin ou une déesse vouée à la récolte des songeries superflues !
Sa stupeur fut si grande qu’elle le dégrisa du peu d’ivresse qu’il avait. Il regarda sa montre et compta les battements de son pouls.
Une heure plus tard il était au lit, plus triste que jamais.
« Comment me créer un rêve lourd ? une passion forte ? une sensation fertile ? »
La migraine martelait ses tempes. Son âme trébuchait. Il ne s’endormait pas, déshabitué de son lit. D’ailleurs ce lit lui parut dur. Le bois craquait.
« Un lit en bois est malsain, songea Sylvius. Mon matelas est mal cardé. Qu’y a-t-il d’étonnant à ce que je n’aie pas de beaux rêves, si mon lit n’est point moelleux. Il faudra que je change ce lit ! »
Et peu à peu, durant que le sommeil le prenait, il en vint à se persuader que son impuissance à être célèbre, tout de suite, venait de ce matelas bosselé.
Il y pensa tellement avant de s’endormir qu’il y pensait encore le lendemain.
VII
Le lendemain, aussitôt qu’il eut déjeuné, Sylvius alla rendre visite à sa concierge et s’enquit auprès d’elle d’une adresse de magasin où trouver un lit. Madame Martin, concierge, lui indiqua le numéro 120 de la rue Turbigo, (au troisième étage), une maison de confiance : un sien cousin y était employé.