« Que faites-vous donc sur cet escalier ? » demanda Sylvius.
La lèvre du jeune homme se plissa, découvrant la canine, et ce fut un masque de haine mélancolique tout à fait imprévu.
« J’entends bien ! Une cigarette se paye par un colloque !… »
La voix était un peu rauque et saccadée.
« … Ce que je fais ici ? mais… je me chauffe !…
Oui, dit-il en allongeant son bras armé d’une énorme main, rousse de poil. J’ai, communément, froid dehors, et, n’étant point assez riche pour aller souvent au café, ni assez philosophe pour crever chez moi, je reste près de cet orifice. Voyez ! »
Il montra un trou dans la muraille.
« … Cet orifice correspond avec les cuisines d’un restaurant. Là, florit un marmiton que j’ai subjugué par la puissance de mes poèmes. De temps en temps, il me passe de quoi ne point mourir, et, quand l’hiver nous tyrannise et que le froid devient trop strident, des effluves chauds montent par ce trou pour me réconforter. Le croiriez-vous, continua-t-il en regardant Sylvius un peu interloqué, mon odorat s’est affiné à tel point que je distingue d’inappréciables différences entre les parfums culinaires. Poissons de mer ! je ne vous confonds plus avec vos cousins d’eau douce, et je sais toute une botanique de légumes cuits. Ces jeux font mes délices ! Il me semble que les marmitons travaillent pour moi seul, car je cueille et je respire la belle fleur de leur peine.
— Vous êtes poète ! dit Sylvius.
— Eh oui ! poète en loques comme Homère, Malfilâtre et Verlaine. D’ailleurs, si vous sentez le moindre désir de me venir en aide, tendez-moi vingt sous, sans geste d’excuse.