Sylvius rougit.
« Voici un louis, dit-il, et, si vous voulez m’accompagner au café, nous pourrons causer quelques instants de votre art. »
Et, en lui-même, il songeait, parcouru d’une petite fièvre pénible et froide :
« Quelle aventure me l’amène un jour où je n’aspire qu’à rêver ? Serait-ce un exemple qui m’est offert ?
— Vous suivre au café et parler de mon art ?… »
Il parut hésiter.
« Au fait… oui ! un louis vaut un interrogatoire. C’est même bien payé. Vous y gagnerez, d’ailleurs, car, depuis un mois, j’ai du génie. »
Et saisissant la rampe avec sa patte rousse il se dressa.
La stupéfaction de Sylvius fut si parfaite qu’il poussa un cri. Un chien que le poète cachait sous son manteau se tenait maintenant à côté de lui, maigre, galeux et bavant, mais, tout laid qu’il fût, il ne présentait pas encore une si repoussante image que celle de son maître. En vérité on eût dit que ce dernier ne s’était presque pas levé, tant il semblait de peu plus grand qu’auparavant.
Sous le torse vigoureux et massif, s’arquaient deux jambes bancales, pleines de bosses, et qui donnaient à cet homme la taille d’un enfant. Cela faisait paraître encore plus monstrueux ses bras de singe bien musclés.