« Je suis prêt. »
Et il pensa :
« Comment me promener avec cet individu sans trop ameuter les passants ? »
Ce fut un curieux spectacle que de les voir descendre la rue de Rivoli. Sylvius, jeune prince à la démarche élégante, paraissait accompagné de son bouffon, car il ne manquait vraiment au monstre singulier qui marchait à ses côtés qu’un habit plus brillant, une marotte et de l’esprit, pour qu’on se l’imaginât débitant des turlutaines philosophiques au pied d’un trône. Amadis les suivait, efflanqué, boiteux de chaque patte alternativement et bavant toujours. Parfois, Lautonne se retournait et le flattait de son énorme main velue. Alors le chien léchait quelque temps les talons de son maître. Les passants s’arrêtaient et suivaient des yeux ce gnome dont le chapeau était posé sur une trop vaste floraison de cheveux et dont les bras avaient des balancements extraordinaires.
« A quel café allons-nous ? »
Sylvius n’avait point encore parlé, honteux un peu de marcher près d’un homme aussi compromettant, et d’ailleurs fort absorbé par sa colère.
« A la Taverne d’or, si vous le voulez bien ; il s’y trouve une salle de fond où l’on voit des jolies femmes. »
Il hésita un instant, puis, avec un étrange sourire où se mariaient la douceur, l’ironie et certaine grâce, il ajouta :
« Si ma compagnie vous gêne, marchez devant ! »
Courtois, Sylvius répondit d’un air étonné :