« Vous n’y pensez pas ! Pourquoi donc ?

— Voyons ! cher monsieur !… »

Et Lautonne se montra lui-même du doigt.

Ils entrèrent à la Taverne d’or que des parois vitrées découpaient comme une ruche. Lautonne fut salué de quelques sourires féminins. Sylvius l’entraîna vers la salle du fond et s’y sentit plus à l’aise, parce qu’on ne pouvait le voir que vaguement à travers les cloisons bleues :

« Il n’est que cinq heures, dit Sylvius, que prenez-vous ? une absinthe ? un cocktail ?

— Un cocktail, soit ! au whisky, si vous le voulez bien. Il y a ici un barman fort expert. »

Sylvius qui, depuis un mois, avait un peu abusé des alcools, se commanda une boisson plus tempérée. Puis, se tournant vers Lautonne.

« Quel est donc l’ouvrage que vous préparez ?

— Oh ! je commence à peine… soixante ballades… titre : La Pervenche aux lèvres… délicat, n’est-ce pas ?… soixante ballades, eh ! oui ! j’y décrirai soixante amoureuses… vous verrez ! J’en eus la première idée il y a longtemps, mais, un soir, elle s’imposa à moi si fortement que je résolus de la mettre en œuvre. Au sortir d’une réunion d’amis je fis un tour au Panthéon. Etait-ce la gloire des morts, ou si la fraîcheur de ce lieu m’inspira, toujours est il que je vis se déployer comme des oriflammes rouges, mes quarante ballades… Un autre cocktail, je vous prie… vous voulez bien ? John ! give me a manhattan cocktail !

— Ne laisse pas traîner tes manuscrits ! pensait Sylvius. S’il m’en tombe un sous la main…