Hurlant de colère, Sylvius au galop suivait dans le bois le sillage de Pégase qui volait au ras des arbres, tout près de lui.

Elle ! c’était elle qu’il voulait ! Elle dont la chair saignait sur la blanche croupe du fait d’une blessure. Trois gouttes rouges apportées par le vent tombèrent sur sa main. Il se cognait aux arbres, se hâtait, insoucieux des chutes, les yeux toujours fixés vers la vision qui s’éloignait peu à peu, majestueusement, la splendide vision du demi-dieu, du monstre et de la muse que suivait comme une ombre le vol velouté des noctules.

Ils montèrent, ils pâlirent, ils se mêlèrent à la nuit supérieure, puis, tout à coup, dans un ample rougeoiement qui brasillait là-haut, Sylvius vit, tendue entre Hercule et le Cygne, une gigantesque lyre d’or dont les cordes donnaient un chant et, dans le réseau desquelles, ainsi qu’en une toile d’araignée, Lautonne, roux, Clorinde, brune, et le neigeux Pégase étaient pris et se débattaient.

Ce fut le mirage d’une seconde ; bientôt on ne vit plus rien sous les étoiles que deux grands nuages qui comblaient peu à peu le ciel entier.


Des traits de pluie cinglèrent Sylvius. Il marchait toujours droit devant lui.

Il regardait les trois gouttes de sang qui tachaient son poignet. Il en porta la marque à ses lèvres.

Il croisa une route où brillaient des fleurs jaunes de réverbères.

Il la suivit.

« Malheur ! malheur à moi ! Elle est partie, celle que j’aimais ! Malheur ! Quand reviendra-t-elle me toucher de ses inoubliables mains ? »