La pluie tombait dru. Sylvius marchait vite et pleurait en marchant. Il marchait sans but. Il vit enfin devant lui, la Seine, huileuse et sombre.

Où était-il ? Comment le savoir ?

Sous un pont, deux falots rouges trouaient le fleuve de deux blessures. Il longea la berge. Des péniches lourdes brillaient par un point de feu et les reflets de la lune réapparue. — Sur l’arrière d’un chaland, une lanterne éclairait deux seaux et une cage où dormait un merle. Sur la route, des charrettes craquèrent joyeusement. Sylvius arrêta ceux qui les conduisaient.

« Où suis-je, ici ?

— A Billancourt, mon brave monsieur. Nous allons à Paris. Si vous voulez vous asseoir sur la charrette, c’est assez propre… rien qu’un peu de fumier. »

Et, de cette façon, Sylvius Persane atteignit une rue voisine de la sienne.

Il sanglotait toujours, il grelottait aussi. Rentré dans sa chambre, il se jeta tout habillé sur ses draps, et, pleura au creux de son oreiller, comme un gosse. Possédé par une bruyante tristesse il criait :

« J’aime ! j’aime ! j’aime à en mourir une muse évanouie dans le ciel ! Je veux qu’elle soit à moi ! Je veux le rêve et la gloire qu’il donne, et toucher les cordes de la grande lyre, et cultiver en moi d’impérissables fleurs ! »

Et, cependant, il descendait tout lentement dans le sommeil.

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