Sylvius rentra chez lui et s’endormit en pleurant, mais, comme un chemineau, la poche vide et la faim au ventre, rêve parfois de fruits d’or et de nourritures délicieuses, Sylvius songea plus d’un beau songe où des muses nonpareilles le nommaient leur lion et le couronnaient de lauriers jusqu’à l’instant où, sur un nuage rose et doux, il connut le baiser de Clorinde, inexprimable !

Le soleil, filtrant dans la chambre, leva ses paupières et une détresse d’enfant le fit aussitôt soupirer. — Cruel supplice, que de revivre chaque matin les douleurs de la veille ! — Un chagrin que le soir endort se ravive avec l’aube et jamais la nuit n’a séché une larme. — D’ailleurs, Persane sentait son énergie abattue, et c’était là un surcroît de peine.

Il se leva, se vêtit, déjeuna, sans plaisir, d’un thé qui lui parut fade, et, délaissant sa vaine recherche, s’en fut vers le Bois.

C’était un matin d’orage au ciel vivement contrasté. De grosses nuées noires se poursuivaient sur fond bleu avec des airs de Walkyries. Le Bois avait à chaque instant une expression nouvelle, triste sous l’ombre, heureuse dans le jour, et Sylvius ressentait ces influences. Si navré qu’on soit, peut-on s’empêcher de sourire, quand le soleil chante ?

Sylvius, parcourant une allée déserte, s’efforçait à goûter les charmes de la lumière et des verdures. Le soleil se couvrit, et, les coins de la bouche tirés, Sylvius songea que rien ne valait, en somme, le jardin des mille délices où reposait Clorinde.

« Comment vais-je vivre maintenant, si Lautonne part ou me ferme sa porte ? »

Songeant ainsi de façon trouble et diverse, il atteignit une prairie environnée de bocages, lieu fort propre à s’y reposer et dans l’herbe duquel il s’assit. — Pour se distraire, il prêta l’oreille aux murmures qui l’entouraient. Dans la prairie voisine on percevait le bruit long d’une faulx passant à toute volée et celui, aigre et net, d’une autre faulx que l’on aiguisait. Il y avait aussi le galop d’un cheval, de plus en plus distinct et qui bientôt décrut et disparut… et tant d’autres bruits encore. Sylvius se rappela le soir où pareillement, il écoutait à sa fenêtre les bruits de la ville, mais ce soir-là, une vieille avait bondi dans sa chambre !…

Sylvius revint à son tourment.

« Une muse qui soit l’expression de vous-même ! »