« Que voulait dire Lautonne par ces mots ? Sans doute un être tout formé de ma vertu dominante, mon essence, le principe de Sylvius Persane ! Il existe, peut-être, quelque part, — mais où ? »

Au même instant, une nuée, plus lourde et plus noire que les autres, aveugla le soleil. La prairie passa du vert mêlé de fauve au gris sombre, et, tout à coup, par un trou du nuage, un long rayon descendit du ciel et frappa le sol devant Sylvius.

Le rayon faisait dans l’herbe comme une source d’or. Emerveillé, Sylvius se pencha sur elle. La source bouillonnait, éblouissante et jaune…

« Quelle joie pour un alchimiste ! Je vais me croire magicien ! »

Soudain, avant même que Sylvius se rendît bien compte du prodige, un tout petit homme, tout en or et grand comme la main, jaillit de la source ainsi qu’une bulle, agita sa chevelure d’or, frappa l’une contre l’autre ses paumes d’or, sauta sur le genou de Sylvius, salua, fit une pirouette et dit enfin, d’une voix qui tintait à la façon du choc de deux médailles :

« Maître ! me voici ! je m’appelle Chrysolet ! »

XIII

Ce petit homme figurait, en son ensemble, une délicieuse pièce d’orfévrerie. Sylvius le regardait, se frottait les yeux et le regardait encore. Parfaitement humain de proportions, avec un visage si expressif, une allure si jeune et ses fragiles doigts, il était très vivant, trop vivant, car il ne tenait pas en place et Sylvius le sentait danser sur son genou. Tantôt il se grattait la tête, tantôt il trépignait, mettait un doigt dans sa bouche, écoutait la brise, indiquait une fleur, — et riait, paraissant prendre à vivre un grand plaisir. — Il était nu, avec une ceinture d’or autour des reins.

« Mais… qui es-tu ?

— Je suis celui-là même que tu appelais, dit le petit homme en accents d’or. Tu demandais ta muse ; — me voici. Je suis le petit démon de la fantaisie, je vois bien, j’entends bien, je goûte à chaque chose, je touche à tout, et mes services te sont assurés.