— Mets-moi dans la poche de ton veston ! »

Et, dans cette poche, Chrysolet se blottit, puis se remua, passant parfois la tête pour jeter un coup d’œil au dehors, maniant les cigarettes de Sylvius et vidant sa boîte de tisons.

Peu à peu, tandis qu’il revenait à pas lents vers la barrière, Sylvius eut des mouvements d’orgueil. Ainsi, cette muse qui le rapprocherait de Clorinde, il l’avait trouvée, et, pour imprévue qu’elle fût, ce n’en était pas moins une muse de prix. — Tout en or ! quel être sans pareil !

Il prit l’omnibus.

Sitôt qu’il fut assis, Persane flatta Chrysolet de la main, afin qu’il se tînt tranquille, mais le petit homme continua de se trémousser comme un fou. — Sylvius rougit de peur : une voix venait de sortir de sa poche :

« Oh ! cette grosse dame, en face de toi ! quelle figure ! Non ! ce menton bourgeois et ces yeux satisfaits ! Bon personnage pour un roman ; qu’en penses-tu ? »

Tout le monde aurait pu entendre. Personne ne se retourna. Sylvius fut rassuré, mais il n’osa répondre.

La voix reprit, plus vive et plus haute :

« Je regarde par un trou de ton veston ! c’est très drôle ! Le jeune homme qui est à côté de toi est en train de toucher sa voisine.

— Tais-toi donc ! » dit Sylvius.