« Quoi ! que dites-vous ? Tour en Suisse ! billets ! itinéraires ! Nous voyagerons ! ce mot ne suffit donc pas ? Nous voyagerons, vous dis-je ! Je vous montrerai un étang où nous puiserons des étoiles, une vague où flottent des méduses, la source où Narcisse s’est miré ! cette autre qui se nomme Castalie, et celle même de Jouvence ! J’écrirai des odes immortelles sous un arbre orné d’oiseaux beaux comme des fleurs ; une abeille lourde s’échappera de ma bouche et je serai tout vêtu d’harmonie. Plus tard, dans la forêt où, seule, la mince voix des cascades résonne, je doublerai ces chants de perle par leurs louanges en strophes de cristal. Mes yeux seront brûlés par d’incroyables flammes ; le vent m’enlèvera comme un oiseau que l’orage aspire et je fuirai vers… ah ! Dieu !… vers Naples, Malte, Gabès, Ténériffe, et toutes les îles aux bleus contours et toutes leurs palmes. Enfin je quitterai d’un pied étincelant où déjà une aile se greffe la terre et son piteux décor, pour, Hermès nouveau, m’en aller, en plein azur, agiter deux serpents d’airain devant l’œil borgne de la lune !
— C’est très joli, tout cela, dit Sylvius, mais moi ?
— Vous ?
— Vous ! »
Lautonne rit aux éclats et Clorinde en sourdine. Enfin Lautonne répliqua sur un ton de jeune empereur :
« Vous, mon ami ? Eh bien ! vous paierez les dépenses et nous regarderez être heureux, puisque tel est votre métier ! »
Puis, comme Sylvius éclatait, il ajouta tranquillement :
« Vous n’aviez qu’à ne pas vous engager ! Maintenant il faut me suivre !
— C’est ce que nous verrons ! »
Sylvius toucha du doigt le bouton de la porte… Clorinde, ayant achevé de s’habiller, allumait une cigarette.