Et Clorinde riait, assise dans les fleurs.

« Maintenant, dit Lautonne, parlons de choses sérieuses. Ce sont vos malles que Chrysolet porte là ?

— Mais… je ne sais !

— Oui ! dit Chrysolet. Je me suis rendu chez mon maître, et, désirant préciser son bagage en un faible volume, j’ai pris ceci. »

Il tira du fourreau un sabre japonais, brillant, tranchant, pointu, presque droit et dont la garde était un lotus de fer. Puis, avec des gestes, des grimaces, et en ponctuant ses phrases de petits cris, il expliqua.

« Maître ! ce sabre que j’ai décroché au mur de votre antichambre sera pour vous tout un équipement. C’est, à vrai dire, le train d’un galant homme. Et d’abord, son seul aspect ne fait-il point rêver d’aventures, de guerres décoratives, de vingt plaies, de mille bosses ?… Un glaive !… Ce seul mot !… il stimule à marcher plus avant, à pourfendre, à courir les routes !… et japonais !… Songez aux chrysanthèmes, aux volcans, aux ciels dégradés, aux cigognes attentives ! Songez à ces rivages lointains où les fleurs sont plus belles, les jardins à ma taille et les dieux centimanes ! Ah ! peut-on oublier les fêtes de nuit qui se donnent aux lanternes près d’un lac de saphir étale ? Songez à tout cela, et, maintenant, admirez ce glaive pour lui-même. Il est beau ! Il orne, il grandit, il honore. C’est une tige dont la garde en corolle siéra, maître, à votre main. Prenez-la ! Le traître ne peut s’approcher ; l’orpheline, près de vous, cherche un refuge ; la passante se retourne, surprise, et le passant salue avec respect, car seul un seigneur glorieux peut avoir un sabre aussi fier. De plus, prenez garde aux conseils discrets que cette arme vous donne ! Effilée, elle vante la diplomatie ; rigide, la droiture ; froide, la chasteté, et forte, l’endurance. Elle est toute une morale ! Que dis-je ! elle va plus outre, puisque, retournée contre la poitrine, son fil léthifère console mieux qu’un traité de philosophie !… Ajouterai-je enfin, dit Chrysolet avec un sourire, la liste de ses vertus accessoires ? Rappelons seulement que vous pourrez, maître, reprendre le dessin de votre chevelure en vous mirant dans ce plat d’acier.

— Sans doute ! dit Sylvius, impatienté par ce flux de paroles, mais… »

Déjà Vincent Lautonne avait bondi.

« Non ! pas de réponse ! Chrysolet, vous tenez un langage plein de sens ! Tout cela est fort convenable ! Nous n’avons plus qu’à partir. »

Sylvius se sentait happé par un tourbillon de folie. Il leva les bras. Il voulut résister.