… Quand il entendit un grand bruit au fond de la cheminée dont Lautonne venait de relever la trappe, et, soudain, écrasant les fleurs, écartant les branches, cornant, ronflant, bavant, fumant des naseaux, tumultueux, horrible, couvert d’écailles, un immense dragon vert sortit de l’âtre son chef squameux.
Sylvius fit un écart du côté de la porte.
Alors, d’une voix de violoncelle, profonde et douce tout à la fois, le dragon dit :
« Ne nous quittez pas, jeune homme ! Je suis d’humeur accommodante. »
Et il acheva de tirer ses pattes et sa queue du tuyau qu’elles ramonaient.
« Voilà ! je me sens plus à mon aise !… Et qu’y a-t-il pour votre service, mon cher Lautonne ? »
Il ouvrait une gueule merveilleusement armée en roulant de droite et de gauche ses yeux pervenche.
Lautonne vint à lui, le caressa et dit :
« Blaise ! je veux voyager ! mes sujets d’inspiration ne sont point sans reproches ; leur vertu décline. Transporte-nous, Clorinde, ma muse, Sylvius Persane, mon ami, le jeune Chrysolet et moi, vers quelque mer très parfumée et sous un ciel très bleu. Laisse-moi épousseter de ton flanc droit ces quelques taches de suie, — prends ces roses dans ta gueule, et partons. »
Aussitôt, Clorinde s’assit de côté sur l’encolure de la bête, Lautonne, enfourché derrière elle, lui soutint la taille, et Sylvius, son sabre à la main, portant Chrysolet dans sa poche, choisit comme selle le milieu de la vaste échine.