— Hélas ! dit le dragon c’est priser un camélia cueilli plus qu’une rose à la branche ! Vous aspirez à un baiser de femme ? Vous enviez ce chant d’amour !… Levez les yeux ! »
XV
Sylvius obéit. Près de lui, le saule balançait toujours ses branches pleurantes. Pourtant il n’y avait plus la moindre brise, et, de même qu’à travers les eaux profondes du sommeil s’élèvent de vagues visions, il lui sembla que, peu à peu, une forme humaine transparaissait dans l’écorce de l’arbre.
C’était un corps de femme. Bientôt il se précisa : un torse, légèrement penché à gauche, des bras minces, un cou marqué de veines bleues, une face encore confuse… et, comme pour dire à Sylvius qu’elle était bien vivante, l’hamadryade cueillit, de ses doigts verdâtres, trois feuilles sur son épaule, les fit tournoyer en l’air, (une brise les eût apportées de même), et les posa dans la main du jeune homme.
Il recula de quelques pas.
Un froissement de branches… La nymphe avait paru tout entière, sombre, belle et lui tendant ses verdures.
Sylvius regarda de droite et de gauche comme s’il avait peur d’être surpris. Le dragon semblait dormir ; sans doute, Lautonne et Clorinde en faisaient autant, car rien ne troublait plus la paix de la nuit. Sylvius revint à pas silencieux vers le saule vivant. Un rameau lui prit la tête et l’attira ; un autre rameau lui caressait la joue de son extrême bouquet de feuilles.
Emu par ce trouble qui surprend dans les temples et les forêts, il s’assit au pied de l’arbre.
L’idylle dura jusqu’au matin.
D’abord l’hamadryade frémit sous son écorce, puis, entr’ouvrant ses vertes lèvres, elle se mit à chanter, tandis qu’avec un peigne d’or elle peignait sa chevelure. Sylvius n’entendait point de paroles, mais les pathétiques accents qui se répandaient dans la nuit avaient l’éloquence et le ton séducteur des meilleurs discours qu’il pût concevoir. Une forêt ne parle pas avec des mots, quand l’ouragan la déchire, et pourtant on comprend sa plainte.