L’hamadryade parle ainsi.
Elle raconte sa vie de nymphe solitaire parmi des arbres sourds, les longues heures de son enfance où toute brise était meurtrière, l’espoir souvent déçu que donnent les bourgeons et le poids allégé des branches qui se sèchent. Elle est la dernière hamadryade du pays et ne se connaît point de sœur, aussi loin que le vent peut porter sa voix. Jadis, au temps ancien, chaque saule enserrait une nymphe, comme les ormes et les chênes aussi, mais l’une après l’autre est morte, celle-ci foudroyée, celle-là surprise par l’hiver, tandis que plus d’une a saigné sous la hache du bûcheron. Elle dit la fiévreuse activité des sous-bois, les mille murmures que personne n’écoute et les chansons dédaignées. L’homme est plus indifférent que les ruisseaux, les fleurs et les pierres, car les ruisseaux chantent, les fleurs sourient à l’aurore et l’on ne sait à quoi songent les pierres sous leurs voiles de mousse, mais la froide frivolité de l’homme se lit dans ses yeux.
L’hamadryade vit solitaire et n’a d’autre divertissement que de peigner sa chevelure avec un peigne d’or.
Elle a vu tant de printemps s’enfuir en battant l’air de leurs ailes parfumées, tant d’étés se gonfler de soleil, tant d’automnes se parer d’or, tant d’hivers pleurer leurs neiges !…
Elle dit le vol des saisons, le cours de la lune, barque peinte glissant dans une écume d’étoiles, et celui de Phébus glorieux… Elle dit les oiseaux du jour, et les oiseaux de nuit, craintifs et veloutés… Elle dit les baisers de l’aube, les jeux de la pénombre, les arbres ridés qui craquent de vieillesse, les mousses, le gui, les insectes rôdeurs et les feuilles tournoyantes.
Eaux qui tombez du ciel ! qui montez de la terre ! qui serpentez dans l’herbe ! elle dit vos prestiges : ceux des lourds orages qui la fouettaient de leurs rafales et les pluies au frais ruissellement…
Elle dit…
Sa voix persuasive se répand comme un parfum ou comme une buée.
Sylvius ne soufflait mot, Sylvius écoutait, Sylvius tremblait d’émotion… Alors l’hamadryade baissa vers lui ses longues branches, et, l’étreignant de verdure, l’absorba dans son ombre.
Sylvius vibrait d’un délicieux effroi :