Que voulez-vous de plus ? — Il y aurait toute une analyse dans la manière classique à faire sur la façon dont l’auteur nous rend les paysages, nous parle de fleurs, de soleil et de parfums ; peut-être surprendrions-nous ainsi le secret de notre émotion.
Et voilà qui nous mène à toucher la qualité première des œuvres de Gérard d’Houville, celle qui se retrouve dans chacun de ses poèmes, dans chacun de ses romans et leur donne un attrait si rare et si particulier. — Soit que l’auteur nous parle d’Ariane à Naxos, nous montre Salomé sur la terrasse blanche, ou Psyché regardant l’Amour ; soit que nous suivions la petite nymphe en fuite dans les bois, ou que nous soit montré le retour d’un amant, la séparation des amants ou un baiser d’amants ; soit qu’on nous parle de pleurs humains ou de joie humaine, toujours une sorte de terreur religieuse est évoquée qui nous force à frémir, — et ce sentiment-là rappelle son Hellade.
Bien plus qu’à des volontés mortelles, les êtres que l’on voit vivre dans les œuvres de Gérard d’Houville obéissent à la volonté des choses. Ces personnes qui sont faites d’air, de brume, de feuillage, et qui parlent, et dont on comprend les entretiens, déterminent mieux qu’une prière humaine. Un parfum, une harmonie de la nature, sont de meilleures raisons d’agir qu’une menace ou une exhortation.
Quand Gérard d’Houville nous décrit une nymphe ou une femme que dirigent et que blessent les caprices de ces dieux obscurs dont le corps et l’âme sont partout répandus, vraiment nous sommes touchés par des accents religieux. — N’est-ce point une offrande votive que firent les deux jeunes femmes de l’Inconstante quand elles tressèrent des guirlandes en l’honneur d’un beau jour ? n’est-ce point une émotion de temple qui les surprit lorsqu’elles s’embrassèrent au seuil d’un jardin parce que les saponaires et les clématites embaumaient ? — Idées harmonieuses d’un artiste qui sait regarder les fleurs, le ciel, le clair de lune, et entendre leur mystérieux langage.
Ce sentiment panthéiste, cette forte observation de la nature, ce sens poétique, se rencontrent à chaque page, — quoi d’étonnant à ce que ces poèmes au souffle large, où les vers ne se détachent pas comme des perles, même précieuses, mais forment, en belles strophes lyriques, un collier parfait, quoi d’étonnant à ce que ces histoires si fortement émouvantes, écrites avec plaisir, d’un trait, et qui ne sentent ni le labeur ni l’ennui, quoi d’étonnant à ce que de telles œuvres propagent ce ravissement un peu solennel, et pourtant si suave, qu’éveillent de fraîches roses rouges, écloses au matin ?
PARTICULARITÉS
à madame Alec Ralli.
J’étais arrivé depuis une heure à peine, et, déjà, nous causions, assis à la limite de l’oasis, dans un lieu où l’ombre des palmes est rafraîchie par le chant d’un ruisseau.
Dès les premiers instants de notre entretien, je compris que j’avais bien fait de rendre visite à mon camarade, car, sans parler du plaisir que j’avais à le revoir après cinq ans de séparation, je l’écoutais projeter, pour le lendemain et les jours suivants, mille divertissements dont les grandes lignes et le détail m’agréaient fort : chasses, courses à cheval et flâneries nocturnes sur les bords du désert. — C’en était assez pour ravir le sensualiste que je suis. — En outre, il semblait heureux que j’eusse accepté son invitation malgré les ardeurs de ce mois d’août qui ne laisse pas d’être pénible dans certaines régions de l’Algérie.
Aussitôt sa lettre reçue, je m’étais mis à faire mes malles. On ne se laisse pas prier deux fois, sauf si l’on est insensé ou cul-de-jatte, pour gagner, lorsqu’on vous en prie, le pays des enchantements, et, d’ailleurs, Étienne B… est un esprit délicat qu’il fait bon fréquenter. Habitué à se servir de ses yeux en honnête homme, il sait considérer un bel arbre sans s’extasier aussitôt ; élevé à connaître les instants où la plus discrète parole est inconvenante, il ne souffle mot en considérant les étoiles. Dès son plus jeune âge il avait appris à se servir de ses cinq sens et à ne pas en abuser. — Devant des boissons fraîches, en promenade, ou sous le regard d’une lampe, mon ami Étienne B… est un causeur que je prise.