Mais je continue à voir le bel arbre entouré de verdures et chargé d’oiseaux.
« Voyez un dieu ! » dit tel autre poète.
Aussitôt, devant moi, se dresse une stature divine et la frondaison n’est qu’un manteau de sinople, et, si je continue à entendre ramager les fauvettes, c’est par les trous d’une flûte immortelle. — Je dois croire. — Je ne puis que croire. — Celui-là seul qui m’y contraignit par la force de sa parole et la persuasion de son geste est le vrai poète.
« Soyez en tel lieu ! »
Déjà je m’y trouve !
« Souffrez ! riez ! troublez-vous ! rêvez ! »
Et je souffre, je ris, je me trouble, je rêve !
Le trésor des bons artistes est fait d’une plante et d’un tissu : l’herbe magique des métamorphoses qui change l’homme en dieu ou en bête, et le tapis des quatre Facardins qui transporte son possesseur où bon lui semble.
Je veux bien qu’il soit malaisé pour un romancier de montrer une ville de province, voire un lieu quelconque du monde avec une si vive exactitude que le lecteur croit y habiter, mais il me semble plus ardu et d’un art subtil d’emmener celui qui vous écoute dans les nuées sans qu’il pense à s’en étonner ni qu’il souhaite se trouver ailleurs. — Exhorté par M. Claude Farrère, il est tout à fait inquiétant et terrible de vivre devant la Lampe, la Pipe et l’Aiguille, tandis qu’alentour s’infléchissent, fuient, se déroulent et rôdent les vapeurs noires de la Bonne Drogue.
Dans les dix-sept contes qui forment Fumée d’Opium, nous nous voyons assaillis par dix-sept épouvantes dont aucune n’a même visage ni même expression, et c’est, de la part de l’auteur, un élégant scrupule d’émouvoir non seulement par la sincérité de l’accent et la saveur du style, mais par la diversité des méthodes.