Le beurre en la poêle pétille.
La crêpe s'étale aisément,
Ronde comme l'astre qui brille,
Le soir, au fond du firmament…
Lorsque dans sa pâleur d'aurore,
Devant l'âtre au reflet vermeil,
Des deux côtés on la colore,
Elle prend les tons du soleil!
Je vais écrire la recette
De ce joyeux mets de saison,
Tâchant, pour la rendre complète,
D'unir la rime à la raison.
RECETTE
D'un bon demi-kilo d'excellente farine
Vous formez un bassin au fond d'une terrine,
Au milieu vous mettez un peu de sel, quatre oeufs.
Du beurre un peu fondu pour donner le moelleux,
Un peu de lait encor. Et puis, en toute hâte,
La spatule à la main, vous travaillez la pâte
Jusqu'au moment où lisse, avec soin l'on y joint
Du lait tout doucement pour la finir à point.
Alors, pour que la crêpe aisément se digère,
La cuisson la rendra croustillante et légère.
Vivement il faut procéder,
Aussitôt à la crêpe cuite,
Une autre, puis d'autres ensuite
Sans cesse doivent succéder.
Chaque invité « saute » la sienne,
C'est la gaîté jointe au régal.
On fête la coutume ancienne
Que ramène le carnaval!
Fêtons-la donc comme nos pères,
Aux rires mêlons nos chansons,
Et que de joyeux échansons
De bons vins remplissent nos verres!
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le beurre en la poêle pétille,
La crêpe s'étale aisément.
Ronde comme l'astre qui brille,
Le soir, au fond du firmament…
Paris, février 1890. Achille OZANNE