Elle l'enlaçait de ses bras si beaux, elle embrassait de ses lèvres ardentes un visage qui trahissait toute l'émotion, toute la faiblesse magnanime du généreux Espérance.
—Vous me chassiez, cependant, dit-il tout troublé.
—Pardonne la colère à une âme noble que révolte une honteuse accusation.
—Vous me chassiez avant d'avoir été accusée.
—Oh! pardonne encore plus à la pauvre jeune fille que ses parents circonviennent et qui se voit captive, isolée, séparée à jamais peut-être de celui qu'elle aime. Mon père est sans pitié, ma mère rêve pour moi des alliances au-dessus de mon faible mérite. Un soupçon de leur part c'est pour moi la mort.
—Vous ne serez pas perdue cependant pour m'aimer, dit Espérance, et près de moi vous n'avez à craindre ni la pauvreté, ni le déshonneur!
—Vous ne connaissez pas vos parents, dit la jeune fille avec une hypocrite douceur; voilà pourquoi jamais les miens ne consentiraient à nous unir. Oh! sans cela, je vous avouerais avec orgueil. Allons, vous voilà devenu raisonnable, vous n'êtes plus ce furieux qui maltraitait une pauvre fille dont le malheur est le seul crime. Je lis dans vos beaux yeux l'oubli; j'y lis plus encore, n'est-ce pas, vous m'aimez toujours?
—Il le faut bien, soupira ce tendre coeur. Un éclair de triomphe illumina le visage pâle d'Henriette.
—Est-il possible, dit-elle, que l'orgueil fausse à ce point une belle âme, qu'elle devienne ingrate jusqu'à l'indélicatesse?
Elle enveloppa ce mot amer dans le miel d'un baiser.