—Mais, malheureux, s'il vient ce soir par Marly, mes guetteurs le manqueront, puisque, d'après les renseignements, je les ai échelonnés depuis Argenteuil jusqu'à Bezons.

—Ce soir la personne vient de Montmorency par le même chemin que nous, et vos guetteurs sont assurés de la rencontrer là.

Brissac réfléchit un moment.

—Je ne pense pas qu'il se défende, dit-il, et toi?

—Non, monsieur. Il est seul.

—Tu en es sûr?

—Vous le savez bien, monsieur, hier, il était à Pontoise avec M. le comte d'Auvergne et M. Fouquet. Ce dernier est parti à Médan rejoindre les gardes, vous en avez reçu l'avis. M. d'Auvergne est à Entragues, vous venez de l'y voir, l'autre se trouve donc seul pour toute la soirée.

—Et déguisé?

—Comme toujours. Depuis deux mois que je l'observe par vos ordres, il est allé six fois chez Mlle Gabrielle d'Estrées, jamais sans un déguisement quelconque. Oh! sans cela le père le reconnaîtrait et serait capable de ne pas le laisser entrer.

Brissac reprit le cours de ses méditations. Depuis Épinay, les chevaux, marchaient plus vite, et l'on aperçut bientôt le village d'Argenteuil. Là était un gué que le soldat fit prendre à son maître pour éviter le bac, et les deux cavaliers suivirent la berge déserte, en commençant à observer religieusement chaque ombre, chaque pli du terrain et chaque bruit.