Brissac témoigna sa surprise, ou plutôt son admiration. Rien ne paraissait. Il fallait que l'embuscade fût merveilleusement conduite.

—J'y serais pris moi-même, dit-il … Quelle solitude! quel silence! Et cependant nous voilà sur le lieu même que je leur ai indiqué pour s'embusquer.

On ne voyait, en effet, ni hommes ni chevaux; on n'entendait d'autre bruit que le murmure de l'eau, fort basse en cette saison, sur les cailloux et les bancs de sable de la rivière. L'endroit était désert, presque sauvage. D'un côté, le fleuve; de l'autre,une berge escarpée couronnée de broussailles et de petits bois coupés par des ravins et des fondrières.

—Voilà qui est étrange, pensa Brissac, le coup devrait être fait; mes hommes devraient déjà revenir.

Arnaud suivait son maître sans faire de commentaires, son attention était ailleurs; Brissac ne s'occupait que d'écouter ou de regarder en avant.

Tout à coup il s'écria:

—En voici un!

Un homme apparut en effet au détour d'un sentier sous des habits simples et de couleur sombre.

Il avait certaine tournure martiale qui semblait justifier l'exclamation de Brissac. D'ailleurs cet homme venait droit au gouverneur qui, de son côté, bâta le pas pour l'aborder: il était impatient d'avoir des nouvelles.

Lorsqu'ils furent tous deux en présence: