—Bonsoir, monsieur le comte, dit l'étranger d'une voix enjouée; me reconnaissez-vous?

—Monsieur de Crillon! s'écria Brissac saisi de stupeur à la vue d'un homme qu'il était si loin d'attendre à pareille heure, en pareil lieu.

—Votre bien bon serviteur, répondit le chevalier.

—Par quel étrange hasard rencontré-je monsieur de Crillon?

—Il le faut bien, comte, pour obéir au roi.

—C'est le roi … le roi de Navarre, qui vous a envoyé?

—Le roi de France et de Navarre, dit tranquillement Crillon.

—Mais … demanda Brissac dont l'inquiétude prenait les proportions de l'effroi.—En effet, rencontrer Crillon dans un endroit où l'on pouvait avoir à se battre, c'était malencontreux!—Pourquoi vous aurait-on envoyé?

—Pour vous arrêter, monsieur le comte, dit Crillon avec un flegme terrifiant.

Brissac était brave; mais il pâlit. Il savait que Crillon plaisantait peu sur les grands chemins.