—Vous fuirez….
—Pardieu! si c'était devant des Espagnols qui me menacent, jamais. Devant des amis trop zélés, qui veulent me faire faire une sottise, toujours!… Va donc m'attendre à Saint-Denis, au milieu des catholiques; je t'y aurai rejoint avant ce soir.
—Sire, je pars. Et chemin faisant, je veux dérouter ces huguenots, et leur faire supposer que vous êtes ailleurs, par cela même que je serai sorti d'ici, où ils ne voudront jamais croire que je vous laisse seul. Tout au moins, je leur remontrerai la nécessité de respecter un couvent, la trêve, et je les réduirai à vous bloquer chez les génovéfains, tandis que vous courrez les champs en liberté.
—A la bonne heure, voilà parler, mon Crillon.
—On apprend à l'école de Votre Majesté, répondit le chevalier.
Ce dernier alla lever la consigne de Pontis, descendit, fit seller son cheval et sortit du couvent. Henri le vit se diriger vers l'escadron des huguenots qui s'approchait peu à peu. Sans doute on le reconnut, on l'entoura, Henri le perdit bientôt de vue dans la foule.
—Oui, je parle bien, murmura le roi, dont le visage était collé sur les vitres du corridor; mais quelqu'un parle encore mieux que moi … digne frère parleur!
Un léger froissement d'étoffe au seuil de la chambre le fit retourner. Frère Robert, modelant toujours sa cire, était adossé au chambranle de la cheminée. Le roi courut à lui et ferma la porte: ils demeurèrent seuls.
—Quelqu'un est en bas pour M. de Crillon, dit tranquillement frère
Robert, sans lever les yeux de dessus son ouvrage.
—C'est bon, qu'il attende! répliqua le roi. Mais vous ne devez pas attendre, vous que j'ai à remercier si cordialement.