Frère Robert ne bougea pas, ne parla point.

—Vous, continua le roi, qui m'avez rendu aujourd'hui un service si grand, qu'il efface peut-être celui que vous me rendîtes hier.

Le moine garda son silence et son active immobilité.

—C'est vous, n'est-ce pas, qui, hier, m'avez fait tenir la copie du traité conclu entre Philippe II et la duchesse?

Les yeux de frère Robert exprimèrent l'étonnement, et il répondit:

—Quel traité?

—Vous nierez, c'est logique, puisque vous me servez dans l'ombre; mais c'est vous encore, tout à l'heure, qui m'avez placé de façon que j'entendisse l'entretien du prieur avec Mme de Montpensier; les complots, les menaces de ma mortelle ennemie. Ce nouveau service, je vous défie de le nier comme l'autre.

—Il était trop naturel de supposer que la présence de Mme de Montpensier ne serait pas agréable au chevalier de Crillon, voilà pourquoi je vous ai fait passer dans ma chambre.

—Vous savez bien que je ne suis pas le chevalier de Crillon! s'écria le roi. Vous me connaissez comme je vous connais. Voyons, par grâce! jetez ce masque. Un seul homme est capable de faire tout ce qui s'est fait ici; un seul homme possède cette finesse, cette habileté, cette vigueur; un seul homme au monde est de force à jouer ce rôle.

Le moine resta impassible, les sourcils froncés.